November

2020

JEAN-LAURENT CASSELY : “L’HINTERLAND FAIT PARTIE DE CES LEVIERS, DE CES CONCEPTS QUI POURRAIENT ÊTRE ACTIVÉS POUR OPÉRER UNE TRANSFORMATION DES PERCEPTIONS”

 
Compte tenu du contexte actuel, nous avons dû mener ce premier rendez-vous à distance et dans des conditions d’enregistrement moins qu’optimales. Exceptionnellement pour ce format pilote, nous avons donc pris le parti de retranscrire l’échange sous la forme d’un article “hybride” ponctué de quelques extraits audio clés que nous avons sélectionné pour nos lecteurs. 

 

Jean-Laurent s’est d’abord fait connaître du grand public avec son best-seller, La Révolte des premiers de la classe, édité chez Arkhê éditions, consacré à la crise de sens des CSP+. Surtout, il a été le premier à  identifier cette “France des Ronds-Points” à l’origine du mouvement des Gilets Jaunes. Se définissant lui même avec humour comme le spécialiste de la “France moche”, auquel son dernier essai, No Fake, est consacré, il nous parle dans ce premier épisode de l’importance de mobiliser de nouveaux concepts plus porteurs d’espoir pour analyser la “France périphérique”.
 
Lorsqu’on lui pose la question de sa propre perception du concept d’hinterland, Jean-Laurent songe d’abord intuitivement à sa traduction française: l’arrière-pays, qui le pose dans sa dimension géographique mais rappelle également que, derrière chaque ville, se situe un “arrière” dont les déclinaisons territoriales sont multiples.
Pour Jean-Laurent, le terme revêt une double dimension : “l’hinterland est à la fois cet espace qui nourrit la population de la ville et, inversement, ce territoire où les urbains viennent se déverser le week-end” ou pendant les vacances, notamment pour y dépenser l’argent qu’ils ont gagné en ville. Il n’y a donc pas d’Hinterland sans relation, interdépendance, sans une forme d’interaction avec les nœuds urbains, loin de l’opposition binaire habituellement mobilisée dans le débat public. 

Pour une autre perception des “périphéries”
Les termes qu’on emploie déterminent les images qui sont produites dans la foulée. Lorsque l’on dit “périphérie”, on pense immanquablement aux travaux du géographe Christophe Guilluy (Fractures françaises, 2010 ; La France périphérique, 2014). Sa France périphérique, c’est celle qui rassemble toutes ces petites et moyennes villes anciennement industrielles, aujourd’hui mal en point, ainsi que le grand périurbain encerclant les métropoles. “Dans La France périphérique, il y a l’idée défendue par Guilluy que la situation géographique de la périphérie est une métaphore de sa position culturelle dans l’espace du débat français”.
Au-delà de la simple dimension sociale, la question se joue ainsi beaucoup plus largement au niveau des perceptions. Pour Jean-Laurent, la notion d’hinterland, qui joue davantage sur l’idée d’interaction, est plus positive, ou en tout cas moins chargée de connotations négatives que celle de périphérie. 

L’hinterland fait partie de ces leviers, de ces concepts qui pourraient être activés pour opérer une transformation des perceptions accompagnée d’une re-dynamisation sociale, culturelle, économique de ces territoires.

Vers des territoires “hybrides” ?
Jean-Laurent estime d’ailleurs que, d’une certaine façon, le changement de paradigme est déjà en cours. “Avec le Covid, le confinement, le déconfinement  et maintenant le reconfinement, on voit bien l’émergence de ce qu’on a commencé à appeler l’exode urbain – peut-être de manière un peu anticipée ou abusive, mais cette volonté de fuir les villes et d’aller habiter dans une maison avec jardin ou à la campagne, à la montagne, en bord de mer. Cet élan, qui est encore une fois davantage un élan idéalisé que réel pour le moment (même si l’on commence à voir sa traduction sur le plan immobilier) revalorise les hinterlands, il n’y a aucun doute là-dessus”.
Jean-Laurent partage avec nous une musique qui représente pour lui la notion d’hinterland 
JL_Cassely_credit_Herve_Grazzini_2
Jean-Laurent Cassely
Jean-Laurent s’est d’abord fait connaître du grand public avec son best-seller, La Révolte des premiers de la classe, édité chez Arkhê éditions, consacré à la crise de sens des CSP+. Surtout, il a été le premier à  identifier cette “France des Ronds-Points” à l’origine du mouvement des Gilets Jaunes. Se définissant lui même avec humour comme le spécialiste de la “France moche”, auquel son dernier essai, No Fake, est consacré, il nous parle dans ce premier épisode de l’importance de mobiliser de nouveaux concepts plus porteurs d’espoir pour analyser la “France périphérique”.
 Twitter – @jlcassely
CARTES CONTRE CARTES.
PHILIPPE CHARLIER: “L’HINTERLAND EST UN ENDROIT OÙ L’ON SE PERD SOI-MÊME POUR RENCONTRER L’AUTRE.”
NOTRE WISHLIST DE NOËL 100% MADE IN AFRICA
Slider